Manchette française

Massothérapie
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2. Bon à savoir :

Voici une version abrégée d’un article de Doug Alexander, B.Sc., massothérapeute autorisé, de la région d’Ottawa. Il décrit ainsi son travail :

Introduction Le massothérapeute se sert du toucher pour aider les gens à se détendre et à normaliser leur physiologie. Toutefois, le massage a un effet sur le corps et l’esprit bien au-delà de la relaxation de muscles rebelles et figés.

Les réponses fondamentales à la massothérapie On voit souvent les singes en train de faire du toilettage social. À tour de rôle, ils se flattent la fourrure et se font la toilette. Sans parole, le contexte de ce toucher dit : « Je te connais et tu es important pour moi. ». Ce contexte social rassurant est au moins aussi important que les actions pragmatiques pour enlever les parasites et la saleté. Ainsi, le contexte de la massothérapie est aussi important que la mobilisation d’une articulation ou d’un nerf particulier, une campagne héroÔque d’étirement ou une douce recherche sans relâche des zones gâchettes. L’expérience du massage est particulière. Pendant le traitement, le thérapeute couvre et découvre, relève et dépose, pousse, tire et masse la chair du client. Peu de paroles sont prononcées, car le thérapeute réagit à des indices non verbaux du souffle retenu et relâché, de la défense musculaire et du lâcher prise. Nous n’avons pas, pour la plupart, reçu autant d’attention physique depuis la tendre enfance. Cette expérience nourrissante constitue l’essentiel de la massothérapie et est précieuse à tout âge. Tiffany Field a, la première, entrepris des études portant sur de simples routines de massage apaisant pour des bébés prématurés qui, habituellement, ne se font pas prendre autant qu’un bébé né à terme. Les bébés massés aux unités néonatales de soins intensifs ont engraissé plus rapidement, étaient plus alertes et recevaient plus tôt leur congé de l’hôpital. Ces résultats ont été reproduits dans nombre de centres (Field T: Massage therapy for infants and children. Journal of Developmental & Behavioural Pediatrics 1995; 16: 105-111). Field a étudié les réponses physiologiques à un simple massage apaisant pour une diversité de problèmes de santé, dont le VIH, la maladie de Parkinson, le syndrome de fatigue chronique, la dépression, le diabète et la boulimie. Vous trouverez des résumés de recherche sur le site Web du Touch Research Institute. < class="iph">Dans presque toutes les situations, un massage apaisant réduit le niveau de l’hormone du stress, renforce la réaction immunitaire, améliore la structure du sommeil, accroît l’image de soi et réduit la douleur. Pour les personnes qui vivent avec le VIH ou d’autres maladies immunosuppressives, les effets psychoneuroimmunologiques de la massothérapie ne peuvent qu’aider.

La massothérapie comme manipulation de la conscience

Le changement de la conscience, de pensées et sentiments axés sur un but, à un état de réflexion axé sur l’intérieur, simple en apparence, est un élément fondamental de l’expérience du massage. C’est une habileté ou une qualité comportementale que nombre de personnes ont oubliée. Nous sommes nombreux à vivre la vie comme si nous étions pilotes de course. Nous nous arrêtons parfois au stand de ravitaillement, mais, contrairement aux véritables pilotes de course, nous ne faisons aucune mise au point de notre corps avant la prochaine course. Il est fascinant de constater que nos corps tiennent le coup aussi bien qu’ils le font. La plupart d’entre nous ont oublié comment amener notre conscience à un état de repos et de relaxation profonds. Dans un état de repos et de relaxation, les muscles se détendent naturellement et le corps se guérit lui-même.

Notre habitude de ne pas accorder à notre corps du temps pour se reposer et notre incapacité de ralentir notre conscience à un état de repos et de rétablissement nous rendent vulnérables à la maladie et aux blessures. Certaines personnes souffrent de malaises généralisés, fonctionnels, pour lesquels les médecins n’arrivent pas à cerner une pathologie quelconque. La massothérapie permet aux gens de réapprendre à passer à un état de repos et de rétablissement que nous avons généralement oublié. La massothérapie est très générale, mais le client réalise graduellement des gains pour nombre de résultats fonctionnels, dont un sommeil amélioré, une concentration accrue et une capacité plus grande de fonctionner au travail. Dans ces cas, le client réussit habituellement à avoir accès à des états de conscience plus profonds, marqués par la réflexion, pendant le massage; de plus, il réussit à transférer certaines qualités de ces états dans son quotidien.

Les signaux somatosensoriels, ou Écouter la symphonie Pour bien comprendre le prolongement des effets du massage, il faut reconnaître la tension musculaire que la plupart des personnes vivent au quotidien. Par exemple, un client arrive avec une tension dans le trapèze supérieur et une compression de la colonne cervicale. Vers la fin de la journée, la tension s’accroît et entraîne un mal de tête projeté du temporal par le biais de la zone de gâchette. La compression du cou par la tension musculaire et une posture inadéquate irrite les facettes des vertèbres lombaires dans la colonne cervicale. Cette personne mal à l’aise sent qu’elle a de la tension dans le corps mais elle n’est pas assez consciente de l’endroit exact où se situe cette tension, ni des effets des choix qu’elle fait quant à l’utilisation de son corps. Peut-être qu’elle tient le téléphone avec son épaule au lieu de sa main, ce qui ne fait qu’ajouter à la tension.

Quand une personne reçoit son premier massage, elle est souvent surprise de constater que sa chair ressemble à une symphonie discordante. Un client a remarqué : « J’ai mal à des endroits que je ne savais même pas que j’avais! ». Plus le client participe à des massages et plus il connaît une grande diversité de sensations dans sa chair. Par exemple, il arrive souvent de sentir des zones denses et tendues à proximité de zones étirées et fatiguées, ainsi que d’autres zones qui sont à vif et contusionnées.

Le tonus musculaire est le résultat de facteurs physiques comme l’élasticité, la viscosité et la plasticité, et de la contraction au repos d’unités motrices à l’intérieur du muscle. Cette notion de deux éléments – physique et neuromusculaire – qui contribuent à la texture d’un muscle est un élément clé d’une massothérapie efficace.

La tension neuromusculaire

Les muscles ont pour but de se contracter et de s’allonger de façons contrôlées, par la contraction de sous-volumes de muscles que l’on appelle les unités motrices. Une contraction faible et soutenue des muscles du cou dans une posture debout idéale se réalise par la contraction à tour de rôle d’un certain nombre d’unités motrices. Après la contraction de l’unité motrice, elle se détend et une autre unité du muscle se contracte. Ce partage du travail permet au muscle de travailler tout en veillant à ses besoins nutritionnels et autres. Un muscle qui présente une forte contraction compte un plus grand nombre d’unités motrices recrutées, et des périodes de repos plus courtes avant qu’une unité motrice donnée soit recrutée de nouveau.

Un muscle tendu compte beaucoup plus d’unités motrices contractées en même temps, ou ne recrute pas les unités motrices à tour de rôle. Un muscle tendu est vraisemblablement susceptible à l’ischémie, une accumulation de déchets métaboliques, et à une simple usure physique.

Le massothérapeute sent l’activité relative des unités motrices dans un muscle comme une qualité « caoutchouteuse » dans le muscle. À mesure que le muscle se détend, la zone caoutchouteuse semble fondre ou s’estomper. C’est un des événements principaux d’une massothérapie qui porte particulièrement sur le tonus neuromusculaire. Si la zone a entraîné une douleur myofasciale, le thérapeute sentira se fondre ou se dissoudre la douleur dans la même mesure que le nœud se dissout ou fond. Cette dissolution de la tension s’accompagne d’une sensation de lâcher prise ou de libération chez le client. La massothérapie réussie dépend en partie de la capacité du client de développer une conscience somatique. Il est important que le thérapeute aide le client à trouver des postures efficaces qui permettront d’étirer des muscles tendus et de renforcer des muscles faibles et inhibés, tout en améliorant la posture.

 

Zones gâchettes myofasciales

 En plus d’aider au changement psychoneuroimmunologique et à la réduction des signaux somatosensoriels, la massothérapie aide à la résolution de zones gâchettes myofasciales. Ce sont des points très irritables dans des bandelettes tendues de muscle squelettique qui renvoient la douleur, et parfois des phénomènes autonomes, selon des modèles prévisibles. On croit que le « nœud » dense et sensible au toucher dans la bandelette tendue est un faisceau de points en activité électrique dans la zone de la plaque motrice du muscle (Mense S, Simons DG: Muscle pain: understanding its nature, diagnosis and treatment. Williams & Wilkins: 2001).  Les zones gâchettes myofasciales sont causées par une surcharge aigŁe ou chronique, un traumatisme direct, ou l’exposition à un courant d’air froid. Il est important de pouvoir cerner les zones gâchettes dans les muscles et les soulager avec une stratégie appropriée. Il est également important de comprendre le contexte qui a donné lieu à la zone gâchette et qui l’entretient. Le traitement de zones gâchettes sont l’apanage des massothérapeutes, mais il est important que les clients comprennent bien que ce ne sont pas toutes les zones douloureuses qui sont des zones gâchettes. Le thérapeute trouve souvent des zones qui ont été étirées excessivement, foulées ou tordues, qui sont faibles, congestionnées, ou collées. Il faut traiter ces zones de façon appropriée et le client doit prendre les mesures qui s’imposent pour normaliser le fonctionnement.

 

Le système nerveux et les phénomènes du double écrasement

Les massothérapeutes traitent depuis longtemps les tissus myofasciaux ainsi que le système nerveux, de façon indirecte, par la création de sensations thérapeutiques. Nous savons maintenant que le système nerveux est également un organe qui se prête à un traitement appliqué direct. La thérapie crânio-sacrale (Upledger JE, et al. Craniosacral Therapy. Seattle, Eastland Press, 1983) et la mobilisation des nerfs (Butler D: Mobilisation of the Nervous System. London: Churchill Livingstone; 1991, 65- 8) sont deux modalités courantes et contrastantes de traitement du système nerveux.  

Il devient évident que beaucoup de douleurs sont issues des gaines de la moelle épinière et des nerfs périphériques, ainsi que du tissu nerveux même. Le système myofascial peut nuire au système nerveux et à ses gaines. Des muscles ou des tissus conjonctifs rigides peuvent comprimer les gaines des nerfs, ce qui cause une douleur qui semble presque myofasciale (douleur continue, sensation d’étirement et de rigidité). Une compression suffisante peut nuire au nerf même et à ses propriétés de conduction, ce qui cause une altération de la sensation que la personne sent comme brûlure, picotement, engourdissement et hyper ou hypoalgésie.

Selon la perspective de la massothérapie, de multiples déficiences subcliniques du système nerveux peuvent donner lieu à des symptômes neuraux. Cela va à l’encontre des idées reçues voulant qu’il y ait une source unique d’un symptôme, comme la compression du nerf médian dans le canal carpien. Une source « unique » de beaucoup de douleur et de dysfonction du corps humain est l’hypertonicité et le manque d’élasticité du système myofascial, qui donne lieu à de multiples atteintes subcliniques au système nerveux. La massothérapie pour traiter le syndrome du canal carpien illustre cette approche. Le traitement commence habituellement par un massage relaxant du cou et des épaules. Cela réduit les signaux somatosensoriels et enseigne au client comment porter attention à la tension musculaire du corps et comment trouver les « commandes » métaphoriques pour réduire la décharge des neurones alpha. Le thérapeute examine globalement le client pour détecter toute tension musculaire, puis recherche des modèles particuliers de tension qui tendent à compromettre le nerf médian. Il s’agirait, entre autres, d’une tension dans les muscles scalènes par lesquels passent les racines nerveuses du plexus brachial, sous la clavicule et le muscle petit pectoral, dans l’avant-bras où le nerf médian passe sous le muscle rond pronateur, et le ligament annulaire du poignet. En normalisant la tension et la longueur des muscles et des tissus conjonctifs aux points d’interface neurale, on optimise la santé du nerf médian. Ainsi, habituellement les signes de dysfonction neurale diminuent graduellement au cours d’une série de traitements.

Dans une situation idéale, le client apprend petit à petit à étirer les muscles du cou, des épaules, des avant-bras et des mains. Il apprend aussi comment respirer avec ses muscles abdominaux, car les scalènes sont souvent hypertoniques et raccourcis en raison de leur recrutement constant pendant la respiration. Il faut éliminer graduellement cette façon tendue de respirer et le client doit recommencer à respirer surtout du diaphragme.

Pour les clients atteints d’une maladie ou d’un traumatisme neurologique, la massothérapie n’est pas curative; elle peut cependant aider le client. Nombre de ces personnes ne sont plus touchées physiquement suite à la réaction des autres à leur affection ou encore en raison de l’isolement et de la solitude qui en découlent. La massothérapie peut servir de lien nourrissant au monde du toucher humain et faciliter le toucher dans le cadre des rapports interpersonnels du client.

 

L’image corporelle, le lien avec soi et la prise en charge de sa santé

Un des résultats subjectifs les plus courants lors d’un massage est le sentiment de « rentrer » dans sa peau. Graduellement, le client met de côté les pensées et les idées stressantes à mesure que s’installe une conscience rassurante et palpable du corps. Les massothérapeutes encouragent les clients à cesser toute conversation et à porter attention à leur respiration et leur conscience somatique pendant le traitement. L’acceptation et les soins nourrissants que le massothérapeute manifeste à l’égard du corps du client peuvent constituer un facteur important de guérison et de prévention de la maladie. Les personnes qui ont subi des chirurgies défigurantes (ou toute chirurgie) coupent souvent leur conscience de la partie du corps qui a été traitée. Également, les personnes qui ont subi un traumatisme physique, sexuel ou affectif subissent une dissociation de la partie du corps traumatisée, ou du corps tout entier. La personne qui touche une région traumatisée peut éveiller des souvenirs de l’expérience. Nombre de personnes n’effectuent pas l’auto-examen des seins, ne pratiquent pas l’hygiène dentaire de base, ou ne subissent pas de test de Papanicolaou en raison de réactions post-traumatiques.


Sommaire

La massothérapie est une intervention à la fois simple et complexe. Fondée sur l’impulsion naturelle de toucher une personne pour la réconforter et établir des liens, elle produit des effets importants du simple fait du toucher attentionné, respectueux, et conscient des frontières. Elle comporte les effets systémiques de l’amélioration du système immunitaire et de la normalisation physiologique, et réduit le tonus musculaire excessif du corps. En réduisant les signaux somatosensoriels de la tension musculaire et de la compression dans le corps, tout en calmant un esprit sans cesse actif, la massothérapie permet souvent aux clients de remarquer les effets de leurs choix en matière d’utilisation du corps et d’apporter des changements qui leur sont adaptés, car ils surgissent spontanément d’une conscience juste et précise des sensations de leur corps. Les preuves évaluatives portant sur la massothérapie s’accumulent. Vous trouverez, par exemple, dans Spine une méta-analyse de la massothérapie pour la lombalgie, entreprise par Furlan et collaborateurs. Un essai clinique aléatoire pour l’arthrose du genou a révélé une amélioration sensible sur toutes les mesures de résultats (amplitude articulatoire, mobilité, douleur) (Arch Intern Med Vol. 166, no 22 (2006), p. 2533-8). La massothérapie peut également traiter avec succès l’enflure, la constipation et la concentration. Voir Clifford et Andrade (Outcome-based Massage. New &Wilkins; 2001) ou Rattray et Ludwig (Clinical Massage Therapy. Toronto: Talus Incorporated; 2000). La réglementation de la massothérapie varie à l’échelle du monde. Au Canada, les massothérapeutes sont réglementés uniquement en Ontario et en Colombie-Britannique. En Ontario, l’Ontario Massage Therapist Association offre un service d’orientation par le biais d’un numéro sans frais : 1-800-668-2022. En Colombie-Britannique, on peut joindre la British Columbia Massage Therapist Association au 1-888-413-4467 ou par le site Web http://www.massagetherapy.bc.ca/