Manchette française 
Sensibilisation aux cultures ou sensibilité culturelle   Vers la page thème Savoir-faire culturel

1. Notions essentielles :

Dans un pays aussi profondément influencé par l’immigration que le Canada, les médecins traitent quotidiennement des patients dont les approches diffèrent grandement en matière de santé, de maladie, de guérison et de vie en général.

Les humains ont grandement besoin d’avoir un sentiment d’identité personnelle, de même qu’un sentiment d’appartenance à un groupe. Cela nous amène à percevoir les autres par le filtre de notre propre éducation culturelle, ce qui se vit de multiples façons. Certaines sont inconscientes, ce qui est normal, mais si le médecin n’est pas conscient de ses réactions face aux autres, il peut avoir de la difficulté à communiquer avec eux et, particulièrement, à comprendre pourquoi la communication a mal tournée.

Commençons par un peu de vocabulaire.

Culture – Connaissances, croyances et valeurs que partagent les membres d’une société. Les traditions, la langue, la littérature, l’art, la musique, les sports, etc. sont souvent le reflet de la culture. La culture est apprise et transmise de génération en génération par la socialisation. Bien que la culture comprenne surtout des idées, certains sociologues soutiennent que les artefacts peuvent aussi en faire partie : ce qu’on appelle la « culture matérielle ». Plus de détail sur le concept Culture.

De là, is suit une hiérarchie de concepts pertinents au clinicien qui travaille dans un milieu divers :

Sensibilisation aux cultures – Capacité d’observer et d’être conscient des similarités et des contrastes entre les groupes culturels, et des répercussions que ces similarités et différences peuvent avoir sur les différentes approches des gens par rapport à la santé, à la maladie et à la guérison.

Sensibilité culturelle – Être conscient d'un niveau plus profond des émotions qui s'attachend à votre propre culture et la façon dont ces besoins et émotions sont perçus par les patients d’autres cultures. Par exemple, est-ce qu'on perçoit votre culture comme 'dominante'? Existe-t-il un baggage historique qui s'attache à votre culture du point de vue des autres? Et est-ce que vous êtes conscient de la manière dont ces différences exercent une influence sur votre approche aux patients d'une culture différente?

Savoir-faire culturel – Attitudes, connaissances et habiletés que doivent avoir les praticiens pour être des fournisseurs de soins de santé efficaces pour les patients ayant différents antécédents culturels. Voici plus de détail sur le savoir-faire culturel.

Sécurisation culturelle – Approche de la médecine qui va au-delà de la sensibilité et du savoir-faire culturels pour inclure plusieurs autres niveaux d’engagement. (1) L’auto-réflexion du praticien est fondamentale pour comprendre les écarts de pouvoir inhérents à la prestation des services de santé. L’approche reconnaît que nous sommes tous porteurs de la culture et que nos gestes peuvent facilement y nuire, tout comme un commentaire insensible peut émotionnellement faire du mal. (2) Adopter une approche de sécurisation culturelle suppose un rôle de défense de la santé : travailler à améliorer l’accès aux soins de santé; exposer le contexte social, politique et historique des soins de santé; et, cesser les relations de pouvoirs inégales. (3) Cela suppose aussi que l’on est conscient du fait que les patients existent simultanément dans plusieurs systèmes de soins de santé : l’influence de leur famille, communauté et traditions. Ces aspects interagiront avec vos  interventions et pourraient même aller à leur encontre. (Spence, D. (2001). Les notions herméneutiques éclairent les expériences infirmières interculturelles. Journal of Advanced Nursing 35(4): 624-630).

Humilité culturelle redéfinit la compétence culturelle comme processus continu – une voie toute au long de votre vie qui comprend une auto-évaluation et auto-critique. Nous devons être ouverts à l'apprentissage et à maintenir un sens d'humilité dans notre approche au patient. Cette humilité comprend un désir de résoudre les inéquités de pouvoir dans les relations entre médecin et patient.

Plusieurs terms font référence aux défis qui peuvent se produire :

Ethnocentrisme – Sentiment que ses croyances, valeurs et façons de vivre sont supérieures et préférables à toute autre. Par exemple, l’autonomie d’un patient peut être votre idéal, mais votre patiente peut vouloir laisser son conjoint décider si elle subira ou non une chirurgie.

Aveuglement culturel – Tendance à éviter de voir les conduites jugées inacceptables ou dérangeantes dans une autre culture. Il peut notamment s’agir de problèmes comme l’avortement, l’infanticide ou la mutilation génitale des femmes.

Choc des cultures – Stupéfaction face à ce que l’on voit dans une autre culture. Expérience courante chez les gens qui ont visité un bidonville dans un pays en voie de développement.

Conflit culturel – Conflit généré quand les règles de sa propre culture sont contredites par une autre. Par exemple, dans certaines cultures, il est normal d’inviter les membres de la famille élargie au chevet d’un mourant, de chanter et de poser des gestes rituels pour aider l’âme de la personne dans son voyage. Cela peut facilement frustrer d’autres patients mourants qui aspirent à la paix et à la tranquillité.

Imposition culturelle – Tendance à imposer les façons de voir et les valeurs de sa propre culture sans considération pour les croyances des autres. Toute l’histoire des pensionnats en est un exemple.

Comment se conscientiser à l’influence de notre propre identité sur la façon dont nous abordons les autres? Le fait d’être conscient de sa propre culture est un pas important de la sensibilisation et de la sensibilité à la culture et à l’ethnicité des autres. Si vous n’êtes pas conscient de vos propres préjugés culturels, vous pourriez inconsciemment imposer vos valeurs culturelles aux autres.

Auto-évaluation
Site web excellent (en anglais) "Ethnomed: integrating cultural information into medical practice". On y trouve divers pages intéressants tels que présentations cliniques de maladies chez les cultures différents
Voici une courte liste de vérification (en anglais) pour évaluer les services que dispense un médecin à des patients ayant d’autres pratiques culturelles. Cette liste a été mise au point par l’American Academy of Family Physicians.
Le National Center for Cultural Competence de l’Université de Georgetown a réuni plusieurs outils d’auto-évaluation conçus pour accroître la sensibilisation à vos propres préjugés culturels. Voici un lien à son évaluation du savoir-faire culturel pour les professionnels de la santé. Après avoir rempli le formulaire (long!), vous trouverez une longue liste de ressources utiles.
Les psychologues de Harvard ont mis au point un test à accès gratuit pour cerner les préjugés dans les perceptions de différents groupes (selon la race, le sexe, l’orientation sexuelle, l’éducation, etc.). Faire le test!

 

2. Bon à savoir :

Notre culture exerce une influence sur la façon dont nous percevons presque tout ce qui nous entoure, souvent inconsciemment. Plusieurs concepts utiles font référence aux problèmes qui peuvent se présenter.

Ethnicité – Un groupe ethnique partage une identité culturelle qui le distingue des autres groupes qui l’entourent. L’ethnicité diffère de la race en ce sens que les caractéristiques partagées sont des valeurs, des normes et des idées plutôt que des traits physiques. Les groupes ethniques sont généralement des sous-groupes d’une culture et d’un groupe racial. L’ethnicité peut faire référence à la façon dont une personne se perçoit par rapport à ses origines, son histoire et sa culture.

Race – Une catégorisation de gens définie socialement à partir de traits physiques communs transmis génétiquement.  « Une division de l’humanité possédant des traits héréditaires qui suffisent à la distinguer en tant que type humain. » De nombreuses approches ont été utilisées pour classer les gens, à partir de caractéristiques comme la couleur de la peau, la forme de la tête, la couleur et la forme des yeux, la grosseur et la forme du nez, etc. Un système de classification couramment utilisé établit quatre principaux groupes : caucasoïde, mongoloïde, négroïde et australoïde. Mais, il n’y a pas de rigueur scientifique entourant la race, puisque l’énorme mélange entre les races fait en sorte que les gens n’ont pas nécessairement les caractéristiques déterminantes. De plus, il peut y avoir génétiquement plus de différences dans une race qu’entre les différentes races. Un rapport de 1999 de l’Institute of Medicine déclare que la race est un construct socialement défini de la variabilité humaine fondé sur les différences perçues au niveau de la biologie, de l’apparence physique et du comportement.

Préjudice – Idées sans fondement (généralement négatives, mais aussi positives) au sujet d’un groupe (p. ex. une race, une classe de gens ou un groupe ethnique). Ces idées résistent au changement et laissent rarement place à une discussion logique.

Multiculturalisme – Reconnaissance de la diversité raciale et culturelle, respect des coutumes et croyances des autres. Le multiculturalisme comprend le droit à des possibilités et à une reconnaissance égales, peu importe la race, la couleur ou la religion.

Un examen du concept de courtier culturel, qui fait référence à une personne qui sert d’intermédiaire ou de médiateur entre des groupes culturels pour réduire le conflit, améliorer l’éducation à l’autre et produire le changement. Les programmes de courtiers culturels sont de plus en plus courants dans le système de soins de santé et peuvent beaucoup améliorer les résultats des soins et la satisfaction face à ceux-ci.


Liens : Lien au programme de l’Université de Toronto sur les soins de fin de vie -- module sur la façon dont la culture exerce une influence sur notre façon de penser à la mort.
Culture and clinical care, Pachter LM. (JAMA 1994; 271(9)). Cet article nous dirige vers de la documentation sur les répercussions de la culture sur la réaction des patients aux soins.
Poème « Equality » de Maya Angelou
« Bridging the Cultural Divide in Health Care Settings », rapport du National Center for Cultural Competence de l’Université de Georgetown, 2004